Iniesta : « Je n’ai pas fini de progresser »

Andrès Iniesta

Andrès Iniesta

Sur le terrain comme en dehors, Andrés Iniesta est imprévisible. Sa voix quasiment imperceptible contraste avec son statut de star du football mondial et de joueur vénéré en Espagne pour avoir offert au pays sa première et unique Coupe du Monde de la FIFA™. « Si j’avais imaginé l’ampleur ce qui nous attendait, j’aurais raté », avait-il dit au micro à propos de son but devant les centaines de milliers de fans venus le fêter, lui et ses coéquipiers, dans les rues de Madrid.

Au micro de FIFA.com, le natif de Fuentealbilla revient sur une saison sans titre pour le FC Barcelone et marquée par une élimination dès le premier tour de la Coupe du Monde pour l’Espagne. Cela n’a pas empêché le milieu de terrain blaugrana de faire partie, une fois de plus, du FIFPro World XI de la FIFA. Iniesta évoque également les défis qui attendent Barcelone en 2015 et affirme : « Nous voulons tout gagner ».

Andrés, vous n’aimez pas parler de vous-même, mais qu’est-ce qui distingue Iniesta des autres milieux de terrain pour qu’une fois de plus, vous fassiez partie du onze mondial de l’année ?
N’attendez pas de moi que je dise avoir des qualités que les autres n’ont pas. Chacun a ses qualités. Personnellement, par ma manière de jouer, à mon poste, j’essaie d’interpréter le jeu pour pouvoir l’accélérer. Je regarde où sont mes coéquipiers et j’essaie de trouver le plus vite possible la meilleure façon de combiner avec eux. Quelle que soit sa position, chaque joueur a des tâches et doit les accomplir le mieux possible. Ce que je peux dire, c’est que cela me fait plaisir que mes collègues dans le football aient cette perception de moi et qu’ils m’aient de nouveau inclus dans ce onze type, qui réunit de très grands joueurs.

Dans un football où il y a de moins en moins d’espaces, où l’on court beaucoup, les joueurs comme Iniesta sont-ils plus nécessaires que jamais ?
Oui, enfin, tous les joueurs sont nécessaires, sinon le football serait un sport individuel. Une équipe est composée de onze joueurs et chacun d’entre eux doit s’efforcer d’être le meilleur possible à son poste. Mais il est certain que dans un football qui devient de plus en plus physique, la différence au final se fait par une touche de talent supplémentaire ou un éclair de génie à un moment précis.

Vous avez affirmé que le bilan de l’année 2014 était négatif à partir du moment où vous n’aviez pas atteint vos objectifs. Est-ce d’autant plus frustrant que les années précédentes, vous étiez habitué à gagner des titres ?
Oui, mais avant de gagner des titres, j’ai déjà connu des moments difficiles. Le bilan n’est pas positif car lorsque vous vous fixez des objectifs et que vous ne les atteignez pas, vous êtes forcément déçu. Ça fait partie du sport. Cela dit, quand vous ne parvenez pas à atteindre votre but, vous démarrez la saison suivante avec encore plus de motivation. Il faut bien comprendre que si nous n’avons pas réussi ce que nous avons entrepris, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Nous voulions gagner, mais parfois ça ne fonctionne pas.

Qu’est-ce qui a été le plus douloureux : laisser échapper la Liga lors de la dernière journée ou l’élimination au premier tour de la Coupe du Monde de la FIFA ?
Ce sont deux situations dures à digérer. Perdre la Liga lors de la dernière journée à domicile, après une année difficile à plusieurs niveaux, ça fait mal. Après ça, quitter le Mondial dès le premier tour, alors que nous nous attendions à aller beaucoup plus loin, ça donne un autre coup sur la tête. Mais dans ce type de compétition, quand vous ne faites pas les choses comme il faut, vous le payez très cher. C’est ce qui nous est arrivé.

Après l’élimination, avez-vous continué à suivre la Coupe du Monde, ou bien avez-vous déconnecté ?
Non, je n’ai pas arrêté de la suivre. Simplement, je l’ai vécue complètement différemment à partir du moment où je n’en faisais plus partie.

Avons-nous assisté au meilleur Mondial de l’histoire ?
Il s’est passé beaucoup de choses, c’est vrai. Mais en même temps, il y a eu de bons matches, d’autres moins. Il est évident que dans un Mondial, vous avez l’élite du football. En ce sens, l’Espagne n’a pas été – ou plutôt nous n’avons pas été – à la hauteur. Ça a été très douloureux au vu de notre palmarès récent et de l’équipe que nous avions.

Pour la finale, étiez-vous derrière Lionel Messi ?
Oui, et j’ai été peiné qu’il ne gagne pas le titre. D’une certaine manière, il y a eu des similitudes entre cette finale et celle que nous avons jouée contre les Pays-Bas. Quelques occasions gâchées, et un seul but, en prolongation. Mais il faut être juste et reconnaître que l’Allemagne a fait un très bon Mondial.

L’Allemagne mérite-t-elle son titre ?
Dès qu’il est question de mérite, chacun voit midi à sa porte. Cela dit, on peut difficilement dire que la victoire des Allemands est injuste. Une Coupe du Monde ne se joue pas sur un match, mais sur un certain nombre de situations difficiles qu’il faut savoir surmonter. De ce point de vue, l’Allemagne a réalisé un très bon parcours, au même titre que l’Argentine du reste. Les deux équipes méritaient d’être en finale.

Parlons du FC Barcelone, pour qui l’année a bien commencé. Pourtant, êtes-vous affecté par tout ce qui se dit dans les médias ?
Quand il y a autant de bruit autour de vous, quand on ne parle plus de football ni du jeu, que vous le vouliez ou non, cela vous touche. On essaie de faire abstraction de tout ce qui se dit, car parmi cette masse d’informations, il y a très peu de certitudes. Nous savons que nous sommes dans un club où le niveau d’exigence est très élevé. Par conséquent, tout ce qui s’y passe est amplifié à l’extrême. Beaucoup de gens disent beaucoup de choses et quand les choses ne vont pas bien, nous sommes les premiers exposés. Il faut savoir vivre avec. Le seul moyen de faire taire tout cela est de bien jouer et de gagner, pour que les gens oublient un peu ce qui se passe autour et concentrent leurs regards sur ce que les joueurs font sur le terrain.

De tout ce qui s’est dit, qu’est-ce qui vous a le plus surpris ? Le départ possible de Messi ?
J’espère et je souhaite que Leo reste encore longtemps au Barça car il a été et reste un élément essentiel pour que cette équipe soit compétitive sur tous les tableaux. C’est mon souhait le plus cher.

Quels sont les objectifs de Barcelone cette saison ?
Nous voulons tout gagner et nous en avons les moyens, avec une grande équipe, qui reste sur une année décevante. Ce que nous venons de vivre doit nous servir pour relever la tête et être motivés jusqu’au bout pour que cette année se termine avec de la joie, des titres et du bonheur.

En mai, vous fêterez vos 31 ans. Votre manière de jouer évolue-t-elle avec le temps ? Devez-vous courir moins, mais mieux ?
Non ! (rires) Je dois courir plus ! Les écarts sont quasiment inexistants entre les meilleures équipes, que ce soit en Ligue des champions ou en Liga, ce qui fait que le niveau d’exigence est très élevé. Avec les années, l’expérience vous permet de mieux interpréter le jeu et de mieux gérer certaines situations. Je pense que je n’ai pas fini de progresser.

Pour l’année 2015, sur le plan sportif, que souhaitez-vous de particulier ?
La santé est le plus important, que l’on soit athlète ou non. Elle est fondamentale pour pouvoir être heureux. Sur le plan sportif, je demande le maximum, pas par fantaisie, mais parce que je suis convaincu que nous pouvons tout gagner et que nous avons l’équipe pour le faire.

Partager

PinIt