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Lévis, 24 novembre 2015 – Fête de la St-Jean-Baptiste, juin 2015. Kevin Cossette est bachelier en Intervention sportive depuis quelques mois et travaille pour l’Association régionale de soccer de Québec et le club de la Haute St-Charles. C’est bien, mais ce n’est pas tout à fait ça non plus. Kevin veut jouer. Et il ne sait toujours pas qu’il est sur le point de rechausser ses crampons.

Jusqu’à ce que le téléphone sonne. À l’autre bout de la ligne, c’est en anglais qu’on lui parle. « Mister Cossette, we saw your videos and if you haven’t found any club yet, we would be glad to offer you a try. Do you know Louisville, Kentucky? »

La chance venait de tourner. Le Louisville City FC lui offre un essai d’une semaine. Le club américain fait déjà des vagues à sa première saison en USL. De très bons résultats sur et hors du terrain attirent les regards. L’équipe attire d’impressionnantes foules, les deuxièmes en importance dans le circuit (moyenne de presque 7000 spectateurs par match).

Mais il lui faut partir immédiatement et tout laisser derrière. « Disons que je suis parti comme un voleur. Mais ca faisait longtemps que j’attendais cette opportunité. Pendant toute ma carrière au Rouge et Or, je pensais toujours à ca. Je ne pouvais pas passer à côté de cette chance », raconte Cossette, peu après son retour au pays après l’élimination de son équipe en demi-finale du championnat.

Quelques mois plu tôt, vers la fin de l’année 2014, l’ancien latéral gauche et capitaine du Rouge et Or de l’Université Laval avait pris le taureau par les cornes afin de se faire remarquer par la planète soccer. Les technologies modernes lui permettaient maintenant d’envoyer rapidement et sans frais des vidéos de ses aptitudes en soccer. Ce qu’il fit aux quatre coins de l’Amérique du Nord.

« Je suis allé là-bas, à mes frais, pour une seule petite semaine. On ne me promettait rien de plus. Mais j’ai dû suffisamment bien faire puisqu’au bout de mon essai, on m’offrait de finir la saison avec le club. »

Kevin Cossette était aux anges! On lui fait signer un contrat professionnel. L’occasion est belle! Il peut désormais montrer ce qu’il peut faire sur un terrain de soccer, avec des joueurs de haut niveau. Si les résultats étaient au rendez-vous, on lui offrirait peut-être de rester l’an prochain. Le test commence par les entrainements. Kevin y met du sien et se donne entièrement.

Mais la marche est haute. « Le calibre de jeu est beaucoup plus élevé que l’on pense. On ne dirait pas ça quand on regarde des matchs de USL à la télévision ou sur Internet, mais quand tu es là, sur place, avec ces joueurs, ca vient vite. Tu as toujours quelqu’un sur toi. Et ca court sans cesse, autant vers l’avant que vers l’arrière. »

Un bon départ, mais…

L’entraîneur James O’Connor, un anglais de 36 ans qui a côtoyé de grands noms en Angleterre et qui considère ses joueurs comme ses propres enfants, lui donne ses premières minutes de jeu rapidement. « Tout a très bien été lors de mes deux ou trois premières apparitions. Ça partait bien et je me sentais utile. Je suis passé bien près de réussir des actions marquantes, comme des centres ou des longs ballons qui mènent à des buts, mais ça ne s’est jamais concrétisé », se souvient le défenseur, qui a été habillé pour tous les matchs de saison régulière de son équipe.

Si le départ commençait sur les chapeaux de roue, la suite allait s’avérer plus difficile. Une série d’insuccès allait paver la voie à de nombreux changements, pas toujours à l’avantage du joueur québécois, le seul francophone de l’équipe. « On a pris un sévère 4-0 contre Montréal à la maison, une partie dans laquelle j’étais partant. C’était déjà 3-0 Montréal après 20 minutes.  On se cherchait sur le terrain, comme si on ne savait plus jouer au soccer. À partir de là, les minutes de jeu se sont faites de plus en plus rares. Mon niveau de confiance a considérablement baissé pendant que certains doutes s’installaient. »

Vers la fin de la saison régulière, alors que l’équipe pouvait compter sur un effectif complet, Cossette a senti le vent tourner définitivement. « J’ai eu deux semaines plus difficiles vers la fin. Je m’entrainais moins bien, j’étais moins concentré. Tout le monde était en santé et je sentais peut-être inconsciemment que mon rôle dans l’équipe perdait de son importance. »

En série, malgré le long parcours de son club, Cossette n’a pas été habillé une seule fois. Le sort en était jeté, il comprenait que son séjour à Louisville tirait à sa fin. L’entraîneur O’Connor lui a confirmé la mauvaise nouvelle après l’élimination de l’équipe, en demi-finale.

« Il m’a dit que je ne serais pas de retour l’an prochain, qu’il préférait me donner l’occasion de jouer plus souvent dans une autre équipe, au lieu de me garder sur le banc. Je l’ai remercié pour son temps et son honnêteté », se remémore Cossette, qui ne tarit pas d’éloges envers l’Anglais. « Il a été top class avec moi. Il m’a beaucoup aidé. J’ai énormément appris. J’ai essayé d’en prendre le plus possible lorsqu’il parlait. Il était intense et totalement impliqué. »

Avec un peu de recul

Kevin Cossette revient sur son aventure américaine avec lucidité et en garde un excellent souvenir, même si le résultat n’est évidemment pas celui qu’il souhaitait. « Je ne suis pas amer. Ce n’est pas un échec. Je n’ai que du positif à retenir de mon passage à Louisville, s’enthousiasme-t-il. J’ai essayé de faire un impact dans les matchs, mais je n’y suis pas parvenu. En même temps, je n’ai pas connu de contre performance non plus. J’ai seulement été correct. Je comprends leur décision. Ce n’était pas suffisant pour me signer. »

Cossette est donc de retour à la maison avec un bagage supplémentaire et une connaissance plus approfondie de ce dont il a besoin pour percer à un tel niveau. « Ils m’ont dit que ma vitesse et la qualité de mes passes étaient adéquates pour la USL. Me reste maintenant à me rendre plus fort, à devenir plus solide sur mes pieds. C’est la même rengaine pour tous les joueurs plus petits comme moi. On se fait tous dire la même chose. Il faut mettre du temps en gymnase pour se renforcir. L’action vient vite et les gars sont plus physiques. Faut savoir se tenir debout et prendre sa place et je compte bien y arriver. »

Il faut ici comprendre que cet ancien de l’Impact n’a pas dit son dernier mot et qu’il se remet dès l’instant à l’ouvrage. « Je poursuis mon processus. En plus de l’entrainement, je vais me chercher une nouvelle équipe. J’ai confiance d’en trouver une, il va y en avoir 27 l’an prochain. Avec un peu de chance, je me serai fait voir cet été et des appels viendront. Sinon, c’est moi qui appellerai! »

« La USL est une ligue tremplin, ca bouge beaucoup, les joueurs changent d’équipe fréquemment. Alors je ne me fais pas trop de plan à long terme. J’aimerais d’abord signer rapidement avec un autre club et être là dès le début de la saison prochaine. Après, je pourrai penser à m’établir plus solidement et accumuler les minutes de  jeu. »

L’avenir à court terme de Kevin Cossette dans le soccer professionnel est pour l’instant incertain. Mais nullement découragé, il prend la décision de se retrousser les manches et de redoubler d’ardeur au travail, à la poursuite de son rêve. Jusqu’au prochain coup de téléphone…

 

source: Pierre-Luc Tremblay | ARSQ